Pati, viré, rété ?

La difficile question du retour au pays

Martin Cloé

Du créole viré, désignant l’action et l’ordre de revenir à son point d’origine dans l’espace. La question du retour des antillais.es au sein de leur pays d’origine s’inscrit le schéma migratoire transnational de cette part de la population en âge de procréer.  Dans le cadre de la fuite des cerveaux (brain-drain), notre attention se porte sur le retour (brain-gain) des populations revenant s’installer aux Antilles à l’issue de leur formation initiale dans le  supérieur et/ou premières années de vie active hors des Antilles.

Par l’action d’associations, sa diffusion dans le cadre de publications sur les réseaux sociaux, voire du discours porté des élu.e.s  la notion fait l’objet d’une publicité  ces dernières années.  Elle n’en demeure pas moins complexe. Le retour au pays s’inscrit dans un schéma migratoire qui dans le cas antillais peut être qualifié de transnational. A savoir la prise en compte de l’itinéraire migratoire d’antillais.es dans leur mouvement de retour. Qu’il consiste au franchissement des frontières légales d’un pays ou au déplacement d’une région à une autre au sein d’un même État.

A cette nécessaire inclusion s’ajoute le besoin d’éviter d’une part la perception du retour comme celui d’un choix éminemment rationnel en faisant l’économie de l’influence des représentations sociales portées par les individus et leur société. D’autre part,  l’objectivation du sujet-antillais.es, en le percevant comme étant « submergé par des forces sociales sur lesquelles il n’a aucune prise ». Que ces  “forces” prennent  la forme d’une culture antillaise particulière ou l’aspect d’autre structure sociale dans laquelle ces antilles.es s’inscrivent. Comme nous met en garde Alessandro Monsutti dans le cadre des études transnationales1. Il n’existe donc pas un retour mais une diversité de retours s’écartant du schéma simpliste d’un mouvement migratoire inverse et obligatoire.

Enfin, déjà Glissant évoquait le poids de l’itinéraire migratoire des Antillais dans leur expérience du retour en nous signalant que : 

“C’est en France le plus souvent que les Antillais émigrés se découvrent différents, prennent conscience de leur antillanité; conscience d’autant plus dramatique et insupportable que l’individu ainsi envahi par le sentiment de son identité ne pourra quand même pas réussir la rinsertion dans son milieu d’origine (il trouvera la situation intolérable, ses compatriotes irresponsables; on le trouvera assimilé, devenu blanc de manières, etc.) et qu’il repartira » 

Édouard Glissant, Le discours antillais livre I Le su, l’incertain, la dépossession partie 12 le retour et le détour

Si  depuis l’itinéraire migratoire des antillais s’est élargi pour inclure des lieux d’étude et de vie professionnel comme l’Amérique du nord et le bassin Caribéen. Questionner la réintégration des antillais.es en considérant leur expérience migratoire nous semble pertinent pour saisir cette problématique avec acuité.


1Cadre théorique d’étude en sciences sociales s’intéressant au mouvement migratoire ainsi qu’aux réseaux, liens et organisations  tisser par les personnes migrantes appartenant  à un groupe  à travers des frontières intra national et international. Pour Dwaine Plaza, sociologue à l’université d’état de l’Oregon spécialiste des études caribéenne “ le modèle transnational de l’émigration et de la migration de retour s’inscrit dans l’idée que les Caribéens sont de véritables séjourneurs mondiaux qui vont et viennent en réponse aux conditions dans différents espaces”.


Sources :

Olwig, Karen Fog. “‘Transnational’ Socio-Cultural Systems and Ethnographic Research: Views from an Extended Field Site.” The International Migration Review 37, no. 3 (2003): 787–811. http://www.jstor.org/stable/30037757 .

Monsutti, Alessandro. “The Contribution of Migration Studies and Transnationalism to the Anthropological Debate: A Critical Perspective.” In Migration in A Globalised World: New Research Issues and Prospects, edited by Cédric Audebert and Mohamed Kamel Doraï, 107–26. Amsterdam University Press, 2010. http://www.jstor.org/stable/j.ctt46mwxq.8.

Dwaine Plaza, Transnational Return Migration to the English-speaking Caribbean, Revue européenne des migrations internationales, 2008 https://www.academia.edu/48560159/Transnational_Return_Migration_to_the_English_speaking_Caribbean

Édouard Glissant, Le discours antillais livre I Le su, l’incertain, la dépossession partie 12 le retour et le détour, 1981

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