Repenser la colonialité des représentations poussant au départ

Martin Cloé


La pratique de l’espace sociale des antillais.es interrogent leur rapport entre l’image qu’ils/elles en ont et celle que leur environnement leur renvoie. L’enjeu de l’émigration antillaise ne peut être saisi que l’on ne s’intéresse au fait colonial et à ses ramifications dans les représentations sociales contemporaine des antillais.es.

Représentation sociale

La notion de représentation apparaît dans les sciences sociales à la fin de 19ème siècle dans les travaux du sociologue français Émile Durkheime. Plus tard, c’est Serge Mosvovici qui l’aborde comme étant un ensemble de marqueurs et des modulateurs de l’identité sociale.

Une représentation est donc une lecture du monde social et culturel qu’utilisent les membres d’un groupe pour se représenter le monde, créer la frontière entre eux et celui-ci et définir leur identité collective et individuelle.

Dans le cadre des Antilles, certaines de ces représentations sociales s’inscrivent dans un espace ayant connu coup sur coup colonisation, esclavagisme et décivilisation par assimilation. Si d’un point de vue juridique les Antilles ne sont plus formelles des colonies depuis la loi de départementalisation de 1946 demeurent des représentations issues de ce phénomène et qui demeurent structurantes au sein de ces sociétés.

Le concept de colonialité

Au sein des études postcoloniales, la notion de représentation peut s’apparenter dans la relation à l’autre à celle de discours. Pour Maria Eriksson Baaz, s’intéressant a la catégorisation des partenaires au sein des programmes de coopération et de développement, il s’agit

“[…] d’une structure de représentations au travers lequel des sens et des pratiques sociales son organiser et partiellement voir temporairement enfermer dans une absence de changement de sens, une réduction excluant tout autre sens possible. “

C’est du côté de la pensée décoloniale qu’apparait un concept davantage adapté à la question des effets de la continuité d’élément né du fait colonial. Ce que les chercheurs latino-américains Anibal Quijamo et Edgardo Lander ont appelé la « colinialité ». C’est-à-dire la persistance de certaines formes de colonialisme, imbriquez dans l’idée de progrès capitaliste à l’occidentale: la modernité.

Colonialité des représentations

Il est pertinent d’interroger le lien entre les représentations contemporaines des antillais.es et la colonialiste quelle porte sur ceux mêmes et le monde. Dans le cadre de la fuite des cerveaux, c’est l’attitude dépréciative à l’égard du pays, notamment sur la question de l’éducation supérieure et de l’intégration professionnelle.

Qu’est-ce qui justifie qu’à diplômé égal la préférence soit donnée aux facultés européennes ? La recherche d’autonomie hors de nos sociétés d’interconnaissance ? Le frison du voyage ? Le désir inculqué dès le plus jeune âge par l’instruction scolaire pour des références étrangères ? Surement un mélange de tous.

« Même dans les rencontres autour de l’orientation qui ont lieu avec les étudiants des classes de Terminale, combien d’enseignants ou de conseillers d’orientation sont obligés de rappeler avec force que les enseignants-chercheurs de notre université sont bien recrutés selon les mêmes circuits que n’importe quel enseignant-chercheur français de l’Hexagone. »

Corinne Mencé-Caster et Cécile Bertin- Elisabeth dans Approches de la pensée décoloniale

Hier sans université, aujourd’hui sans étudiants, il faut se demander d’où provient cette manière de se percevoir. C’est la colonialiste des représentations que nous mettrons en cause. Une vision qui apparait au détour de divers vocables tels que le « nèg kont nèg »* au le malenchismo au Mexique et outre-Atlantique l’afropessimise et qui s’intéresse plus globalement dans la relation entre anciens territoires colonisés et métropole occidentales.


Sources

  • Représentations individuelles  et représentations collectives, 1889; Toupie.org « Représentation sociale »

https://www.toupie.org/Dictionnaire/Representation_sociale.htm

  • “Maria Eriksson Baaz: Identities and partnership in development cooperation, Postcolonial perspectives on “developments”, ARAM Ziai”, 

https://www.academia.edu/12888373/Postcolonial_perspectives_on_development_

  • Valérie Cohen-Scali and Pascal Moliner, Représentations sociales et identité : des relations complexes et multiples, Social representations and identity: Complex and multiple relationships p. 465-482, 2008

https://doi.org/10.4000/osp.1770

  • Corinne Mencé-Caster et Cécile Bertin-Elisabeth, « Approches de la pensée décoloniale », Archipélies [En ligne], 5 | 2018, mis en ligne le 15 juin 2018, consulté le 20 janvier 2022. 

https://www.archipelies.org/189

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